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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 22:19

 

Le 22 mai dernier, l’Union Française de l’Electricité a organisé à Paris un débat sur les enjeux de l’hydroélectricité qui n’a pas abordé le sujet le plus sensible, la mise en concurrence des concessions hydrauliques. S’il n’était pas à l’ordre du débat, il est à l’ordre du jour, la Commission Européenne ayant rappelé à la France le 29 mai l’urgence de réformes dont l’ouverture du marché de l’énergie. 

Première énergie renouvelable électrique, l’hydroélectricité produit près de 83 % de l’électricité renouvelable (en France et dans le monde) et joue un rôle important dans l’équilibre offre / demande du système électrique. Flexible, elle est particulièrement intéressante pour pallier à l’intermittence des ENR. C’est actuellement la seule technologie de stockage de masse de l’énergie électrique, via les centrales disposant d’un réservoir et les STEP (stations qui pompent et stockent l’eau, permettant de restituer une production électrique lors des pics de consommation).

 

Un essor plutôt bloqué

En France, la filière représente 20% de la puissance et 13% de la production électrique.  La Convention pour le Développement d’une hydroélectricité Durable (*) lui a assigné un objectif d’augmentation de sa production de 3 TWh/an d’ici 2020 et de sa puissance de pointe de 3000 MW. Les voies de développement sont possibles, mais pas particulièrement dégagées.

 

La création d’ouvrages nouveaux

C’est la voie la plus à même de répondre aux ambitions des EnR, mais une très forte proportion (72% environ) du potentiel hydraulique est impactée par les projets de classement des cours d’eau, ce qui paralyse les initiatives.  Les producteurs (membres de la Commission Hydroélectricité du Syndicat des Energies Renouvelables) demandent que des zones propices soient définies et que des appels d’offres soient lancés pour des nouveaux projets hydroélectriques dans ces zones.

 

La valorisation ou l’équipement de seuils existants

Des solutions permettant de contribuer à restaurer la continuité écologiques existent mais sont limitées.


L’optimisation du parc existant

Est déjà au maximum. Peu de gain de production à espérer de ce côté-là. Selon les professionnels « les gains de rendement éventuellement réalisables ne pourront, au mieux, que compenser partiellement les 2 à 4 TWh de pertes induites par l’entrée en vigueur de nouvelles réglementations environnementales ». D’autre part, « les difficultés techniques et administratives (augmentation de débit dérivé, de la hauteur de chute) de tels projets ne permettent pas nécessairement de leur trouver un équilibre économique ».

 

 

Propos et commentaires

 

Si les vieux moulins font toujours rêver, le développement de l’hydroélectricité en France parait dans l’impasse. Entre une administration redoutant « les prédateurs»  prêts à faire main-basse sur "les bijoux de famille", et la réglementation kafkaïenne qui s’est emparée des  milieux aquatiques, on a du mal à identifier les ouvertures possibles (c’est du moins l’impression que j'ai ressentie lors de ce débat).

 

La crainte de brader le patrimoine

Pour François Brottes, Président de la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée Nationale, l’hydroélectricité est « une boîte à bijoux » fortement convoité par les réserves de poissons, les pratiquants de canoë-kayak et «des industriels qui souhaitent acheter des équipements déjà amortis ».

 

Marie-Noëlle Battistel, députée PS de l’Isère et représentante de l’Association Nationale des Elus de Montagne, rédige actuellement un rapport sur l’hydroélectricité. Objectif : Replacer l’hydro dans le mix énergétique de demain, traiter la question de la petite hydroélectricité et de la fin des contrats d’achat, et celle de la remise en concurrence des barrages hydroélectriques. Questions sous-jacentes « Comment on le fait ? », « Y a-t-il des solutions pour y échapper ? ». Elle considère avec inquiétude l’arrivée de nouveaux opérateurs (« est-ce que l’on sera entendu de la même façon ?»), fait part de craintes liées à l’emploi, les barrages étant pourvoyeurs de travail  local, et déclare à propos des SEM (Sociétés d’Economie Mixte), « on veut être associés ».

(Dans un entretien à la Gazette des Communes son plaidoyer pour « un encadrement très serré des appels d’offres » pour que  l’Etat garde la maîtrise de l’outil hydroélectrique).

 

L’état écologique des rivières, objet de toutes les attentions

Selon Claire-Cécile Garnier, adjointe au Chef du Bureau des milieux aquatiques à la Direction de l’Eau et de la Biodiversité du Ministère de l’Environnement et de l’Energie, « les classements vont laisser libre un peu plus de 3 TWh (…) on n’a pas pour objectif de bloquer l’hydroélectricité », elle ajoute que l’objectif de la DEB est « la préservation de la biodiversité aquatique » en rapport avec les exigences de la Directive Cadre sur l’Eau.  Il s’agit de veiller à la continuité écologique des rivières, c'est-à-dire favoriser la circulation des poissons et des sédiments (que les constructions hydrauliques entravent). Le besoin de restaurer habitats et milieux aquatiques impose « des aménagements obligatoires sur les ouvrages existants » (classement en liste 2) et « d’enlever certains barrages qui ne servent à rien et qui ne sont pas équipés en hydroélectricité ».

Et l’impact des centrales nucléaires sur le réchauffement des cours d’eau, est-il suivi avec autant de zèle par l’administration ? Oui, « on s’en occupe » mais « l’impact des centrales nucléaires sur le réchauffement des cours d’eau, c’est très difficile à mesurer» m’a répondu Claire-Cécile Garnier en marge du débat.

 

Polémique sur le classement des cours d’eau en réservoirs biologiques

Anne Penalba, Présidente de France Hydroélectricité et Vice-Présidente de l’UFE et du Groupe de Travail Hydroélectricité de l’UFE, a rappelé les points forts de l’hydroélectricité, en particulier son  « ratio énergie » (construction et aménagement versus production et énergie produite) qui culmine à 280, devant l’éolien à 45. Autres atouts : La grande durée de vie des installations, leur fonctionnement de 4000 heures /an à pleine charge (comparativement, c’est 6500 h /an pour le nucléaire, 2200 h /an pour l’éolien et 1000 h/an pour le photovoltaïque).  D’autre part, la très grande diversité des installations (petit moulin, grand barrage, prise d’eau,…) permet une alimentation de pointe et en base, à partir d’une production locale. Des efforts ont été faits pour intégrer d’emblée les enjeux environnementaux et énergétiques dans les installations, « depuis 84, on met des passes à poissons. On participe aussi au programme de R&D Anguilles ». La profession conteste le classement en réservoirs biologiques (Liste 1) des cours d’eau, jugé flou et arbitraire. On pourrait « sauvegarder 6 TWh de plus », précise Anne Penalba (le classement en réservoir biologique empêche la construction de nouveaux ouvrages).  Concernant les aménagements nécessaires sur les ouvrages existants, pour lesquels Anne Penalba, rappelle qu’il y a des productions significatives et que ce sont des réalisations sur fonds privés, la profession demande « pragmatisme et attention pour chaque ouvrage ». « On plaide pour une démarche de diagnostic partagé qui sauvegarde le plus d’énergie possible » précise Anne Penalba.

 

Une filière exportatrice

Jean-Charles Galland, Président de la Commission Hydroélectricité du SER a souligné que l’hydroélectricité, avec près de 21 000 employés en 2012, est la première des ENR en termes d’emplois. Exportatrice (à hauteur de 400 millions d’€ par an), la filière participe à l’équilibre de la balance commerciale de la France.

 

Les STEP en quête d’un modèle économique

Jean-Baptiste Séjourné, Président du Groupe de Travail Hydroélectricité de l’UFE, a évoqué la problématique des STEP. « Pour développer une STEP, il faut 10 ans a minima. Pour avoir des moyens disponibles à horizon 2025/2030, il faut d’ores et déjà créer les conditions d’investissement dans ces moyens qui ne sont pas aujourd’hui remplis (…) Les acteurs ne sont pas incités à investir ». En fait, plus le développement des ENR croît, plus le prix de l’électricité sur le marché baisse, moins il y a de rentabilité possible. De surcroît, le stockage n’est pas rémunéré.

 

La DGEC (représentée par Antoine Pellion, chef du Bureau de la production électrique) a besoin de visibilité pour accompagner le développement des outils de stockage tels que les STEP. Un mécanisme de capacité devrait « rémunérer les capacités de stockage ».

 

Dans la salle, le représentant de France Nature Environnement - opposée au développement de l’hydroélectricité, y compris de la petite hydraulique -, a déclaré être intéressé par le développement des STEP. Est-ce bon signe ?

 

Les moulins à eau ont encore des ressources  

Ravie d’appendre, en marge du débat, qu’un programme européen, Restor Hydro, est dédié à la restauration des anciens moulins avec des financements coopératifs, dans un but productif, patrimonial, environnemental et éventuellement pédagogique.  Ces témoins d'une autre époque ne sont pas condamnés à illustrer les livres de contes, mais peuvent reprendre du service et contribuer, même modestement, à notre bouquet énergétique futur.

 

 

(*) Convention signée le 23 juin 2010 par Jean-Louis Borloo, des élus, des énergéticiens, des hydroélectriciens et des associations  de protection de la nature (dont le WWF). Cette Convention a pour objectif d’harmoniser développement de la production hydraulique et respect des milieux aquatiques. France Nature Environnement, très opposée au développement de l’hydroélectricité, y compris petite hydraulique, ne l’a pas signée. Pour des raisons différentes, la FNPF (Fédération Nationale pour la Pêche en France) campe sur les mêmes positions que FNE.

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Published by Mijo - dans hydraulique
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