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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 12:09

 

Les Acteurs en Transition Energétique, qui rassemblent plus de 200 organisations, redoutent que la future loi soit vidée de son sens à quelques mois de la COP 21. Ils déplorent que le Sénat, via des amendements, ait placé « des obstacles majeurs à la bonne trajectoire de la France vers la transition énergétique ».  Dans quelques jours (le projet de loi sera voté le 3 mars), « on saura si la transition énergétique a des chances de se faire » a déclaré Anne Bringault (représentante du Comité de Liaison des Energies Renouvelables et du Réseau Action Climat) lors d’une conférence de presse le 26 février. Pour l’instant, c’est plutôt mal parti.  

 

Le collectif réunit 350 PME du bâtiment sous la houlette du GESEC, 600 collectivités territoriales, des ONG (dont Greenpeace, Les Amis de la Terre, Ecologie Sans Frontières et FNE), des associations comme CLER, RAC-France, Energy Cities, Hespul et NégaWatt, un grand syndicat -la CFDT -, un réseau social –Newmanity-, le GPPEP (les particuliers producteurs d’énergie solaire), Energie Partagée, Enercoop, des fédérations professionnelles comme FEE (France Energie Eolienne) et le GIMELEC (industries électriques et électroniques).

 

Ensemble, ils refusent de transiger sur 6 points : Un objectif précis de réduction de la consommation d’énergie finale en 2030 ; la réduction de la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité en 2025 ; un objectif de performance énergétique réellement ambitieux pour la rénovation des bâtiments anciens ; des plans de mobilité efficaces et obligatoires pour les entreprises de plus de 100 salariés dès 2018 ; la levée des freins aux ENR ; la prise en compte de tous les gaz à effet de serre dans la stratégie bas carbone.

 

Le discours… et les actes

 

Pour Jean-François Julliard, Directeur Général de Greenpeace France, il y a un risque que « la transition énergétique soit au point mort » parce que les propositions du Sénat ont affaibli ses ambitions. Parlant au nom du collectif, il ajoute  « pour nous, l’exemplarité de la France se juge à l’aune de la réalité de la politique hexagonale » et cite 2 mesures en faveur de la transition :  Un engagement sur la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production électrique à 2025 et le raccordement dans les 18 mois de 2,5 GW de solaire et de 2,5 GW d’éolien. "On ne demande pas l’impossible".

Pour Claire Roumet, Directrice d’Energy Cities (une association européenne qui fédère30 000 collectivités locales actives dans la transition énergétique), il y a une dichotomie entre le discours de la France et les actions engagées, que l’on retrouve dans le cadre européen. « On parle de transition énergétique, mais quand il s’agit d’actions dans les 5 ans à venir, c’est « business as usual » et la France  propose de financer la recherche sur de nouveaux réacteurs nucléaires ».  

Pauline Mispoulet , PDG du GESEC, rappelle que le système énergétique actuel ne crée plus d’emplois et que le développement des énergies renouvelables est un levier pour l’économie.

 

 

La transition et les points de friction :

 

1) L’objectif précis de réduction de la consommation d’énergie finale en 2030.

Ce qu’il en est : Un objectif de 20% à l’horizon 2030 a été posé lors du débat à l’Assemblée Nationale, mais le Sénat l’a supprimé. 

 

2) La réduction de la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité en 2025.

Ce qu’il en est : En conservant l’objectif de 50% mais en supprimant l’échéance de 2025, le Sénat a vidé l’engagement de son sens et repousser à plus tard la programmation de la fermeture des réacteurs nucléaires.

 

3) Un objectif de performance énergétique réellement ambitieux pour la rénovation des bâtiments anciens.

Ce qu’il en est : Le projet de loi concernant la rénovation des bâtiments a intégré des objectifs concrets. Le Sénat a apporté des mesures positives notamment l’obligation de rénovation en cas de mutation (changement de propriétaire) à partir de 2030. Cependant, la mesure introduite par les députés pour que la rénovation énergétique des bâtiments anciens fasse converger leurs performances avec celles des bâtiments neufs, a été affaiblie par le Sénat à travers des dérogations.


4) Des plans de mobilité obligatoires pour les entreprises de plus de 100 salariés dès 2018.

Pour Gérald Dumas, Secrétaire confédéral au développement durable à la CFDT, les plans de déplacement (ou « mobilité ») pour les entreprises sont l’exemple concret d’une innovation sociale pertinente. Il était prévu de les rendre obligatoires pour les entreprises  d’au moins 100 salariés à  l’horizon 2018, mais le Sénat a supprimé cette obligation.

 

5) La levée des freins au développement des énergies renouvelables.

Frédéric Lanoë, Président de France Energie Eolienne, a salué des avancées votées par le Sénat comme l’ajout d’un objectif de 40% d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables pour 2030, le délai maximum de 18 mois pour le raccordement des installations d’ENR au réseau de distribution, l’assouplissement des contraintes liées à la présence de radars militaires pour l’installation d’éoliennes (9000 MW d’éolien sont actuellement bloqués en France par des radars militaires). Mais il a souligné la mesure négative consistant à porter de 500 mètres à 1 km la distance minimale entre une éolienne et une habitation, qui anéantira tous ces efforts. De nombreux projets seront stoppés, et, en tenant compte des autres contraintes, 80% du territoire français seront interdits à l’éolien. L’éolien représente actuellement 11000 emplois.  « Nous ambitionnons de créer 50 000 à 100 000 emplois d’ici à 2020 » déclare Frédéric Lanoë.

 

6) La prise en compte de tous les gaz à effet de serre dans la stratégie bas carbone.

Le point de discorde : Vraisemblablement sous la pression du lobby agricole, le Sénat a voulu exclure de la stratégie « bas carbone », le « méthane entérique » naturellement produit par les ruminants, qui représente 30% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole de la France. Le collectif estime que « il n’est pas raisonnable de nier l’existence de ces émissions ».

 

Quid de la distance entre les éoliennes et les habitations en Europe ?  

 

Selon Frédéric Lanoë, cette distance est de 500 m en Suède, de 500 m en Irlande, de 250 m au Portugal, elle n’est pas inscrite dans la loi en Grande-Bretagne, et, en Allemagne, elle est de 500 m dans le Nord. Précision : En Allemagne, la distance est définie par chaque lander. Certains landers comme la Bavière, imposent des distances plus importantes de 1,5 km, mais ces landers n’installent pas d’éoliennes (du fait aussi de vents faibles).

 

 

 

2 éoliennes sur la Tour Eiffel

 

2 éoliennes à axe vertical ont été installées sur la Tour Eiffel le 26 février. Peintes en gris, elles se fondent dans l’habit métallique de la Dame de fer. Leur production de 10000 kwh/an couvre la consommation électrique de la boutique du 1er étage. La Tour Eiffel a adopté un éclairage économique à base de LED, s’est équipée de 10 m2 de panneaux solaires, d’un système de récupération d’eau de pluie et s’alimente en électricité renouvelable auprès de GEG (une société d’économie mixte d’origine grenobloise).

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